Quatrième de couverture :
Qui n'a jamais rêvé de devenir un objet ? Mieux même, un objet d'admiration ? Tel est le pacte que scellent un artiste excentrique et un jeune homme désespéré. Le premier, avide de scandale, propose au second, avide d'exister, de le transformer en oeuvre d'art. Après tout, il n'a rien à y perdre, sinon la liberté.
Mon avis :
Décidément, je me surprends à aimer lire. Voilà donc un autre roman que je termine en une nuit quasiment. Conseillé par J., c’est donc le jour même que je l’emprunte à la bibliothèque où je me trouvais déjà. Comme elle me le précisait, le héros du début du roman lui rappelait une certaine jeune femme. Et c’est juste. Je me suis retrouvée dans le nombrilisme morbide et dévalorisant de Tazio, au point de ressentir de la pitié pour lui. Comment peut-on à ce point se renier en tant qu’être humain, en tant qu’être, tout simplement? C’est une des questions qui me traversait l’esprit au fil des pages. Je me reconnaissais, mais je me rendais également compte à quel point mon comportement - assimilable à celui de Tazio - pouvait être ridicule. De tels traits de caractères de renoncement à soi, d’absence d’estime de soi, d’égo, ça ne peut exister que fictivement. “Je ne m’auto-flagelle pas comme lui, si?”, me demandai-je.
Tazio a cependant le courage le désespoir de passer à l’acte. Lui, il va au bout de son mal-être. Percevoir le suicide comme un acte positif de réussite, je n’en suis jamais arrivée là, j’en déduis, soulagée, que je n’ai jamais été suffisamment désespérée, ou tout simplement plus lucide que lui quant à l’amour qu’on peut me porter, consciente de la peine que causerait ma disparition.
Ce que je trouve cependant plus sain dans ce comportement malsain, c’est qu’il se dévalorise parce qu’il a une raison : il se trouve laid, bien que toute laideur soit relative. Pour ma part et c’est puéril, je l’ai toujours dit, je me dévalorise sans raison rationnelle ou pour de fausses raisons, des excuses artificielles, me cachant derrière ma propre hypocrisie, dans le seul but d’attirer l’attention. Qu’importe cette attention, qu’elle soit douce, éphémère, perverse, bienveillante, c’est le désir d’attention d’une ou plusieurs personne(s) en particulier qui me pousse à tant de gamineries pathétiques.
Je me souviendrai toujours d’une violente dispute de me parents un dimanche, j’étais lycéenne, la dispute ne cessait pas. Ma soeur et moi étions les spectatrices de cette souffrance devenue quotidienne. Ma soeur se réfugiait dans le dessin, avec les amis aussi, moi dans la pression du bac et les bonnes notes à produire. Je voulais mettre un terme à cette énième dispute, je n’en pouvais plus, je me sentais si impuissante et si triste. Je ne savais pas quoi faire, je ne réfléchissais plus, je voulais juste qu’ils arrêtent de s’entretuer à coups d’insultes : je me dirigeai à la cuisine et me saisis d’un - petit - couteau, j’étais en larmes, je les suppliais d’arrêter de hurler, de se disputer, les menaçant que s’ils continuaient, je me crèverais les yeux ou les tympans avec le couteau que je tenais en main. Bien sûr, l’idée même de passer à l’acte m’était insupportable. Ils réalisaient la souffrance qu’ils faisaient subir, en plus de la subir eux-même. Ils cherchèrent à me calmer, me demandant posément de lâcher le couteau, ce que je fis dans la seconde.
Sur le moment, je ne me reconnaissais pas, je me trouvais pathétique : en arriver à ce point de chantage affectif pour obtenir ce que je voulais. J’avais cessé momentanément la douleur de leur déchirement, j’avais attirer leur attention dans un message de désespoir.
Je crois que c’était le premier significatif, celui d’une longue série d’actes et paroles auto-dévalorisants dans le but de soigner un mal-être par la recherche d’attention.
J’ai depuis longtemps conscience de tout ça, pour autant, j’échoue encore à attirer l’attention par le positif, ça demande tellement plus d’efforts, du travail sur soi, de l’endurance, de la patience. Céder à la facilité de la dévalorisation est si tentant.
Tazio, dans sa naïveté sa souffrance et son désespoir, réussit à attirer retenir l’attention et quelle attention! Celle d’un artiste mégalo, diabolique et criminel. Cette attention là : non merci! Comment ai-je pu éviter pareils personnages jusqu’à maintenant? Peut-être, dans ma naïveté (ou chance?), ne me suis-je jamais aperçu du vrai visage de certains? 
Ce roman nous amène à réfléchir sur ce que représente l’art, la beauté, les apparences (souvent trompeuses), sur la liberté, les choix qui nous construisent et nous rendent davantage humains, capables de ressentir, penser, aimer. Bien que quelque peu déçue par un dénouement à la va vite, presque comme par magie tout est bien qui finit bien, ce fut une belle découverte. Merci J.









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